Jean-Pierre Igoulen

ATELIER POUSSE CAILLOUX . 20 Rue Dumont d'Urville, 29900 Concarneau, France

Considérant les toiles de Jean-Pierre Igoulen, je ne peux m’empêcher de songer au célèbre mot de Goethe :  « la couleur est la souffrance de la lumière ».

Mais le poète ajoute, ce qui est moins connu : « les couleurs sont les actions de la lumière, ses actions et ses passions ».

Pour connaître depuis longtemps l’homme aussi bien que l’artiste, ces métaphores me semblent résumer et éclairer la vie de Jean-Pierre Igoulen aussi bien que son œuvre : quête effrénée, désespérée parfois, de la lumière par delà les blessures de l’âme et ses déchirures secrètes. 

Ce rouge, c’est du vrai sang qui se fige, ce bleu profond un gouffre ultramarin, cet ocre est un cri, ce jaune une main tendue, et ce lapis-lazuli comme le reflet même de l’amour.

 L’ensemble compose tout un patchwork éclatant jailli des profondeurs du cœur de l’artiste, et où se mire la fleur de ses tourments.

Jean-Paul Claux
Ami, médecin, poète, chef d’orchestre.

When looking at the paintings by Jean-Pierre lgoulen, l can' t help thinking about the famous words of Goethe "Colours are light's suffering and joy". However unknown to many, the poet added "colours are the actions and passion of light".

Having known Jean-Pierre Igoulen, the man and the artist, for a long time, l feel that his work and life has been marked by an unbridled even desperate quest for light despite the wounds to his soul and his secret troubles.

The red is congealed blood, the deep blue a deep sea chasm, the ocher a shout, the yellow an out-stretched hand and the lapis-lazuli the reflection of love itself.

 

The result is a bursting patchwork springing out of the artist's heart  reflecting his intense suffering.

Jean-Paul CLAUX

Friend, doctor, poet, conductor.

Présentation

Jean‐Pierre Igoulen est né le 31 Juillet 1953 à Mascara (Algérie). Il est rapatrié en 1962 à l’âge de dix ans.
Il en a gardé les bleus tendus, les jaunes telluriques, les blancs intenses mais aussi la fêlure d’une enfance marquée par la guerre. Le temps d’un exil, il cherche sa voie. Don Quichotte généreux porté à tous les arts, il se donne au théâtre, il se donne en chansons (Prix Georges Brassens en 1985 à Sète).

C’est vers la fin des années soixante-dix qu’il découvre la peinture, grâce à son ami Jacques Bucchini, alors professeur d’arts plastiques et artiste peintre reconnu.

À l’origine la peinture n’est pour lui qu’un mode d’expression parmi les autres, influencé par Nicolas de Staël, Franz Kline, Zaou Wou-Ki,

Il peint avec spontanéité, à la recherche de l’émotion dans les formes et les couleurs. Sa quête de l’absolu le mène à l’abstraction. Dans ses premières oeuvres, les lignes sont déjà brisées, la couleur profonde.  Fou de mots, de sons, de rythmes, il peint en musicien, Il peint en poète. Son œuvre est sans calcul, sans réserve, sans retenue.

Elle éclaire «le soleil noir de nos mélancolies».

Désormais à la retraite, lui le déraciné, se cherche une terre d’accueil. Ce sera la Bretagne, pays de légende, où la mer, les landes, les forêts, les rochers, attisent le souvenir, les braises encore fumantes des attaches perdues. Après de multiples pérégrinations, il choisit de poser son sac à Concarneau où il installe un petit atelier/galerie.

Cette terre chargée d’histoire, l’inspire. Elle l’attire.

L’océan surtout. Fasciné par les odeurs, les couleurs, il reste des heures à contempler les déferlantes en mer d’Iroise, les embruns lancinants d’une plage en baie d’Audierne. Tout est appréhendé avec une jubilation presque infantile, un marché bariolé sur la place d’un village, un buisson de bruyère, les reflets argentés dans l’eau d’une rivière, la vie des gens en Bretagne, si fiers de leur passé, nourrissent sa palette.

L’océan semble agir sur lui comme une fée Celte, à la fois mystérieuse et bienveillante et, s’il s’abreuve de son chant, ce sont surtout les couleurs qui l’enchantent.

Cherchant à déchiffrer les gris métalliques, les opalescences nuageuses, chaque nuance, chaque teinte l’interroge. Telle une éponge il accumule les expériences visuelles qu’il transforme en évasions vers un univers sublimé. La mer et la ronde des saisons sont ses muses.

Sans jamais chercher à reproduire ou à copier dans ses toiles, il interprète le monde qui l’entoure dans un délire poétique et pictural.

Là, il se donne entièrement à la peinture, loin de ce monde qui l’effraie, la quiétude bretonne l’apaise.

Ses toiles évoluent. Il abandonne progressivement les lignes brisées, les couleurs froides, pour explorer des contrées plus richement colorées.

La recherche de la matière, des textures, lui ouvre des perspectives nouvelles, toujours informelles. Les détails à la surface des choses le fascinent. Elles disent ce qui est caché, suggestions des profondeurs.

Les murs craquelés, bruts, les vieilles portes, les traces de rouille, les coques abîmées des vieux navires sont autant de sources d’inspiration. La quête des racines toujours et encore, traces, empreintes, vestiges de la vie des hommes. Comme pour les sublimer, il traque les stigmates du temps, les cicatrices, les taches comme autant de références de ce qui fût, mais aussi de ce qui manque, à la fois témoignage d’un paradis perdu et vision sans concession de ce qui est désormais. 

Il utilise la matière et la couleur pour dire sa vision de l’impermanence, et de la fragilité de ce monde. Il superpose les couches dans une sorte de géologie picturale, et au final, les chevauchements, les fractures, les fissures, invitent à un voyage mystique dans les profondeurs de l’œuvre, invitant celui ou celle qui regarde à « voir » au delà des simples apparences.

En alternant les aplats unis, sortes de plages mystiques, avec des zones heurtées, ravagées, bouleversées d’une énergie anarchique, il souligne le caractère chaotique de la vie, qui, comme disait F.S. Fitzgerald « …est un processus de démolition ».

Jean-Pierre Igoulen aime à dire qu’il est un funambule. Un funambule désespéré mais résolu, ayant pour balancier la quête du beau.

Ses tableaux, traces personnelles, se retrouvent désormais chez de plus en plus d’ admirateurs un peu partout en France comme à l’étranger.

Once retired, JP Igoulen, the uprooted, looked for a place to welcome him. It turned out to be Brittany, an area of legends, where the sea, the country side, the forests and the rocks evoke memories, the smokey embers of the lost ties.
This land laden with history inspires him, attracts him. Especially the ocean. Fascinated by the smells and
colours, he can spend hours contemplating the unfurling waves of the Iroise sea and the unrelenting ocean spray
on a beach in the bay of Audierne. Everything is perceived with almost chilishjubilation. A colourful market on a village square, a bush of heather,  silver reflections in the water of a river. The lives of the people from Brittany who are
so proud of their past inspire his use of colour.
The ocean seems to affect him like a celtic fairy in a mysterious and yet benevolent way.
He revels in its song but it is above all the colours which delight him.
As he tries to decifer the different metallic greys, the cloudy opalesence, he is questioned by every shade
and every hue. Like a sponge he accumulates visual experiences which he transforms into an exquisite
universe.
The sea and the changing of the seasons are his source of inspiration.
Without ever trying to copy or reproduce on canvas, he portrays the world which surrounds him in a poetic and pictorial delirium. After numerous peregrinations, he decided to settle in Concarneau where he set up a workshop/gallery.
It is here where he now concentrates on his painting, far from this world which he fears. The peaceful environment of Brittany soothes him.
His paintings have evolved. Little by little he has abandoned broken lines and cold colours and he now explores richly coloured landscapes.
His research into matter and textures has opened new doors to him.
He is fascinated by the details of the surface of things which reveal what is hidden deeply underneath.
Rough cracked walls, old doors, traces of rust, the damaged hulls of old ships are all sources of inspiration for him.
Again and again the search for roots, traces, finger prints, remnants of the lives of men. As if to beautify them, he hunts
downthe stigmata of time, the scars, marks of what once was but also of what is missing, a testimony to a lost paradise and an uncompromising vision of the hereafter.
He uses matter and colour to give his vision of impermanence. He overlaps layers to create a sort of pictural geology. In the end, the overlapping, the fractures, the cracks invite people to go on a mystical journey into the depths of the work, so that those who look, see further than the simple appearance.
By alternating single colours which ressemble mystical lights with shattered and devastated areas overwhelmed by
uncontrolled energy, he underlines the chaotic nature of life which as F.S. Fitzgerald said " is a process of destruction".
JP Igoulen likes to say that he is a tightrope walker.
A desperate but determined tightrope walker who uses the search for beauty as a pendulum.
His paintings, his personal impressions can now be found in the homes of more and more admirers in France but also abroad.